L’hypertension artérielle reste un facteur de risque majeur en France

L’hypertension artérielle touche environ 17 millions de personnes en France, dont plus de 6 millions ignorent leur condition. Cette pression artérielle trop élevée, souvent sans symptôme perceptible, reste le premier facteur de risque modifiable des maladies cardiovasculaires. Le point sur une pathologie dont la prise en charge évolue, mais dont le dépistage accuse encore des lacunes.

Seuils diagnostiques de l’hypertension artérielle : un chiffre ne suffit pas

Le seuil retenu pour parler d’hypertension artérielle reste fixé à 140/90 mmHg en consultation. Ce repère, harmonisé au niveau européen, semble simple. Il masque une réalité plus complexe.

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Les recommandations distinguent en effet plusieurs contextes de mesure. En automesure à domicile ou en MAPA (mesure ambulatoire sur 24 heures), les seuils retenus sont plus bas. Un relevé unique au cabinet médical, pris dans un moment de stress ou après un effort, ne permet pas de confirmer un diagnostic.

Les recommandations européennes mises à jour insistent sur ce point : une mesure isolée en consultation ne confirme pas le diagnostic d’HTA. Elles préconisent de croiser les résultats obtenus en cabinet avec des mesures répétées à domicile ou une MAPA avant de poser un diagnostic et d’engager un traitement. Cette distinction reste mal connue du grand public, et probablement sous-appliquée dans la pratique quotidienne.

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Femme d'âge mûr mesurant sa tension artérielle avec un tensiomètre au poignet à domicile

Dépistage de l’HTA en pharmacie : un tournant récent

Le repérage de l’hypertension ne repose plus uniquement sur le médecin traitant. Les pharmaciens sont désormais autorisés à mesurer la pression artérielle dans le cadre d’une démarche de prévention. Ce changement, acté par voie législative, ouvre un nouveau point de contact avec la population.

La proposition de loi Neuder, définitivement adoptée, inscrit le dépistage cardio-neuro-vasculaire comme une stratégie nationale. Les laboratoires de biologie médicale sont également intégrés dans ce dispositif élargi. L’objectif affiché est d’atteindre les millions de personnes hypertendues qui ne consultent pas ou peu.

Un bilan biologique avant toute décision thérapeutique

Autre évolution notable : la prise en charge actuelle met davantage l’accent sur un bilan biologique initial avant de décider d’un traitement. Ce bilan recherche les facteurs de risque associés (diabète, maladie rénale chronique, hypercholestérolémie) et les éventuelles atteintes d’organes cibles.

Cette approche tranche avec une logique antérieure centrée sur le seul chiffre tensionnel. Le calcul du risque cardiovasculaire global à 10 ans devient un élément de décision, pas la tension artérielle seule.

Hypertension artérielle et risque cardiovasculaire global

Les données disponibles montrent que l’HTA multiplie par quatre le risque d’accident vasculaire cérébral. La moitié des infarctus du myocarde serait liée à une hypertension non ou mal contrôlée. Ces chiffres, régulièrement rappelés par les sociétés savantes, situent l’HTA au sommet des facteurs de risque modifiables.

Les recommandations européennes de 2024 insistent sur un point que les campagnes grand public simplifient souvent : l’HTA ne doit plus être évaluée de manière isolée. Le risque réel d’un patient dépend de la combinaison de plusieurs paramètres.

  • La pression artérielle mesurée dans des conditions fiables (automesure ou MAPA, pas seulement en cabinet)
  • La présence d’un diabète, d’une maladie rénale chronique ou d’une dyslipidémie
  • L’existence d’atteintes d’organes cibles (hypertrophie ventriculaire gauche, atteinte rénale débutante)
  • Le score de risque cardiovasculaire à 10 ans, calculé à partir de l’ensemble de ces données

Cette grille de lecture change la décision thérapeutique. Deux patients avec la même tension artérielle peuvent relever de prises en charge très différentes selon leur profil de risque global.

Hypertension chez les femmes : des données encore sous-estimées

Dans 90 % des cas, l’hypertension est dite « essentielle », c’est-à-dire sans cause identifiable unique. Les facteurs favorisants sont connus : alimentation trop salée, sédentarité, surpoids, consommation excessive d’alcool, âge.

En revanche, la question de l’HTA chez les femmes mérite une attention particulière. Les données épidémiologiques montrent une prévalence élevée, notamment dans les départements et régions d’outre-mer. La ménopause, la prise de contraceptifs hormonaux et les antécédents de pré-éclampsie constituent des facteurs de risque spécifiques, encore insuffisamment intégrés dans le dépistage de routine.

La prévalence de l’HTA dans les DROM est particulièrement élevée chez les femmes, un constat souligné par Santé publique France. Les retours terrain divergent sur les causes précises de cet écart, qui mêle facteurs génétiques, environnementaux et socio-économiques.

Cardiologue en blouse blanche consultant un dossier patient sur tablette dans un couloir d'hôpital moderne

Prise en charge de l’HTA en France : ce qui freine le contrôle tensionnel

La crise sanitaire a provoqué un recul mesurable du dépistage et de la prise en charge de l’hypertension artérielle. Ce décrochage, documenté par Santé publique France, n’a pas été entièrement rattrapé depuis.

Au-delà de cet épisode conjoncturel, plusieurs freins structurels persistent :

  • L’absence de symptômes pousse de nombreux patients à interrompre ou négliger leur traitement
  • Le suivi tensionnel à domicile, pourtant recommandé, reste peu pratiqué faute d’accompagnement
  • La coordination entre médecin traitant, pharmacien et laboratoire de biologie dans le cadre du nouveau dispositif de dépistage national reste à construire

Plus de 6 millions de Français hypertendus ne connaissent pas leur maladie. Ce chiffre, régulièrement cité, traduit un défaut de dépistage systématique que les mesures récentes cherchent à corriger. L’élargissement du dépistage aux pharmaciens et aux laboratoires représente un levier, mais son efficacité réelle à l’échelle nationale reste à évaluer dans les années à venir.

L’hypertension artérielle ne se résume pas à un chiffre sur un tensiomètre. Sa prise en charge engage un bilan global, des mesures répétées et une coordination entre plusieurs acteurs de santé. Les outils existent. Leur déploiement effectif sur le terrain déterminera si la France parvient à réduire le poids de ce facteur de risque silencieux.

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